#50

On venait de lancer les cordages par-dessus bord. Les marins avaient tous fait leurs bagages. Ange avait enfoncé sa paie, qu’il avait demandé en argent liquide à un contremaitre contente de ne pas avoir à le déclarer, dans une double poche intérieure de son pantalon. Il avait récupéré les maigres affaires qu’il avait et les avait fourrés dans un sac plastique qu’on lui avait procuré à son poste de travail. Il était seul, dans sa cabine, sur son lit, à ne pas célébrer l’arrivée sur le pont. On entendait quelques bouteilles claquer dehors, et des débuts de chants marins. De l’anglais résonnait surtout.

Ange avait peur, ça crevait les yeux. Pas une peur panique, pas une peur qui serrait le ventre, mais une peur administrative, une peur d’appareil et de bureaucratie. La peur des bureaux dans lesquels on le trainerait. Des bancs sur lesquels on le ferait s’asseoir. La peur de tout ce qui le contrôlerait, le jugerait et déciderait de son sort pour lui. Bref, il envisageait avec angoisse toute absence de liberté dans les salons dégoutants de l’administration. Le bateau s’était immobilisé complètement, et entendait des sifflets qui indiquaient le débarquement. D’un coup, toutes les voix avaient commencé à s’affadir, et il n’entendit plus que les pas des derniers restés pour le grand nettoyage.

Une de ceux- là se trouva tout surpris de le trouver allongé sur son lit, en train de rêver et de contempler le plafond. Ange pensait à ses collègues de travail à qui il n’avait pas dit au revoir. Il pensait à ces quelques figures qui avaient partagé ses peines de travail. Ceux-là étaient déjà peut-être outre la frontière. Il serait seul, bien seul, à rester enfermer, et à devoir rester sous surveillance dans les locaux du débarcadère, avant qu’on ne le transfère dieu sait où.

Sous les yeux effarés du marin  chargé du ménage, Ange sentit bien qu’il fallait se lever, et fiche le camp. Il ne dit pas un mot, puis sortir sur le pont. La vue était impressionnante. Le bateau semblait maintenant une cabane un peu de travers au pied de ces tours solides du capital. Comme une embarcation maladroite qui serait entrée en collision avec une solide falaise. On se sentait mal à sa place, forcée de laisser le rafiot pour aller se réfugier dans la ville. Et tout à la fois, ce n’était pas New York, il y avait une forme d’horizontalité non entrecoupée du port, une ligne de partage des eaux et des terres pas trop brutale. La ville semblait ne pas complètement vous rentrer dans le lard salé, comme pour vous laisser une chance d’habiter une des nombreuses fenêtres anonymes, trop petites pour qu’on puisse les compter toutes.

Ange marchait pourtant à reculons vers l’avant du bateau. On nettoyait déjà les bordages et les encablures. Plus loin, au-delà des cabines de contrôle, des flots familiaux partaient vers le par cet probablement les Commons. On irait boire de la clam chowder avec une Sam Adams à la main et on parlerait de ces quelques mois de difficultés, de solitude. On chanterait encore, et demain on se chercherait un nouveau boulot, ou un voyage retour pour les européens. Ange les détestait un peu, et rongeait intérieurement toutes les idées de sédentarité, comme on joue avec un objet en faisant semblant de ne pas en vouloir.

Il avait mis un pied sur la terre ferme, et quand il releva la tête vers les barrières de fer censées canaliser la foule lorsqu’elle débarquait, il aperçut deux agents avec des vestes jaunes fluorescentes qui attendait de l’autre côté des baies vitrées. Bien sûr, il avait envie de ne plus avancer. Il pensa même à sauter dans l’eau, à tenter de s’enfuir. Mais il n’y avait rien à faire, on le tuerait immédiatement d’une volée de balles, et sans le moindre remord. On inventerait n’importe quoi, et bien sûr il n’y aurait aucun incident diplomatique avec la France qui serait trop heureuse de voir un de ses si révolutionnaires éléments disparaitre dans l’Atlantique sans même avoir pu se trouver une couverture correcte à l’étranger.

Il n’avançait plus, pourtant, et s’était arrêté à regarder ces deux portes vitrées qu’il faudrait passer. Ces portes automatiques qui vous découvrent une salle comme des rideaux vous découvrent une scène. Drôle de sale scène en l’occurrence, qui avait des allures de salle capitonnée. Il savait déjà qu’il aurait envie de se battre, et de rouer de coups l’agent qui l’interrogerait. Il faudrait passer sur ça aussi, et contenir sa colère. Comme ce serait difficile de ne pas passer ses nerfs, de ne pas crier, insulter l’assiduité grotesque de ces sales chiens de l’administration. Quand toutes ces barrières tomberont-elles, pensait il. Qui pourrait un jour débarquer sans obstacle sur une terre si hostile, joindre sa cabane à des autres cabanes ? Donner une embarcation de bois à des formes plus fixes de bricolages portuaires. Se joindre à une terre comme on se joint à une communauté.

Il se trouvait bien idiot de penser à tout cela. Les agents avaient l’air de s’agiter de l’autre côté de la vitre, et on sentait qu’ils viendraient le chercher, s’il n’avançait pas tout seul. Allait-on venir armé, lui mettre les genoux à terre ? Savait- on déjà qu’il était Ange, venu ici semer la Révolution ? Savait-on que l’esprit français venait tenter de terrasser ce sale cuirassé américain ? C’était une confrontation, déjà, et Ange l’avait installé rien que par la défiance de son corps.

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#49

On vit au loin les larges tours de Boston. Et une rumeur sourde se fit dans le bateau. Une rumeur gaie, mais aussi inquiétée. Le débarquement allait être préparé en toute hâte, parce qu’on n’avait pas prévenu les marins que c’était aujourd’hui. On savait que c’était dans la semaine, mais il n’y avait pas eu d’autres précisions.

De la terre à nouveau, et la libération des machines qui vous esclavagisaient la pensée, se dit Ange. Il n’y aurait plus de draps à étirer, et plus de circuit neuronaux tout tracés. Mais il y aurait beaucoup de peur, beaucoup de traque, et pas mal d’heures de famines. Cette insécurité là était la seule liberté en dehors du Travail qui existait pour l’instant, mais il comptait que ce ne soit plus la seule. Il comptait qu’il n’y ait plus seulement la vieille alternative de la vieillesse ou de l’esclavage. Son anarchisme s’était formé à Paris. Mais c’était un anarchisme de fatigue, d’expérience difficile, dure à conquérir. Il l’avait obtenu à force d’échecs. Un anarchisme d’épuisement. Un révolutionnaire de fatigue.

Il avait de l’espoir en voyant cette nouvelle Irlande au loin. Ce port toujours mal accueillant pour les partageux avait tout de même finit par les intégrer. Il se dit qu’il y parviendrait, lui aussi. Il ne savait pas pourtant ce qui l’attendait, et que son acte de Résistance déboutien restait à faire. Il arrivait comme un expirant usé, et il s’apprêtait à mettre sur les rails la plus grande Révolution américaine.

L’ensemble des marins continuait à travailler aux différentes tâches, mais les mains semblaient prises d’une sorte de frénésie et les cerveaux d’une sorte d’évaporation. On sentait que les esprits n’y étaient plus, et que chacun pensait aux futurs appartements, aux futurs amis à retrouver, aux amantes, aux amants, aux retrouvailles familiales. Ange ne participait pas à cette euphorie là. Il participait à un espoir isolé, sans partage.

Ou plutôt, il se sentait parfaitement compris, par un ennemi. Sur cette terre a priori glacée pour la révolte, il ne pourrait se sentir compris que par la surveillance elle-même et ses agents zélés.

Mais justement, cela lui en avait déjà beaucoup appris. Il se disait que la clef se trouverait là, comme pour certains régiments parisiens de la garde nationale autrefois. Que la traitrise vis à vis d’un gouvernement patronal tenant ses employés à la gorge finirait par fonctionner. Il avait une forme de levier sur les futures luttes : tenter de faire sortir du bois des lanceurs d’alerte, et les rallier à la Révolution. Il faudrait, une fois de plus, pousser la contradiction en faisant ressortir les conflits entre les employés du gouvernement et le gouvernement lui-même.Il fallait pousser à la grève, pousser à la désaffection, pousser à la fin du zèle et de l’emploi comme pseudo épanouissement.

Désespérer dans les structures d’oppression. Montrer vers où devait aller la compassion. Montrer le monstre qu’était la méta structure étatique. Elle apparaissait fort cette structure, au loin, large des côtes, on voyait le squelette immonde du capital se dessiner. Il était là comme un prédateur qui vous attend. Il ouvrait sa bouche pour vous accueillir. Il montrait ses grandes dents voraces. Ange comptait lui mettre une bombe à l’intérieur, puis courir, et le regarder exploser.

Mais justement, le paysage qui se profilait devant lui faisait l’effet d’une bête à affronter. Et si ces mains à lui aussi allaient plus vite sur le linge à repasser et sur la machine à entretenir dans son rythme incessait, c’est par peur de ce à quoi il y avait à se confronter. Il ne pouvait pas échapper de ce bateau, qui l’amènerait directement dans le coeur de la sauvagerie institutionnalisée. Pour la première fois de sa vie, il entrait de plein pied et délibérément dans la gueule du loup. Il entrait de toute volonté dans les remparts de la forge à faire transpirer. Allait-il pouvoir rester en apnée bien longtemps, avant de donner de l’air aux siens pour respirer.

Toutes ses idées lui traversaient la tête quand il entendit des marins crier :

« -Almost there ! We can see the bridge ! We can see the ships !  »

C’était venu beaucoup plus rapidement qu’il ne l’avait pensé. Il n’y tint plus, et suivi ses collègues qui se dirigeaient sur le pont avant. C’était comme aux sources des anciens voyages, avec toute sa dose d’anxieuse curiosité. Les hommes étaient fascinés de rencontrer du dur comme s’ils ne s’y étaient pas attendu. On les voyait écarquiller leurs traits et se raconter ce qu’ils voyaient les uns les autres. Ange ne discernait que des formes dures, et ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il débarquait en enfer. Du coup, il était un peu isolé, et on l’évitait dans sa tristesse méprisable. Il y avait comme un devoir social d’être heureux d’arriver.

Il était content, bien sûr. Mais il savait pourquoi et ne s’autorisait aucune surprise et aucune bonne nouvelle. Il ne voulait pas céder à l’émerveillement. Il pensait aux acteurs. Il ne voyait que des blocs. Il pensait à la Révolution, il ne voyait que des façades d’argent. Rien ne lui semblait beau dans ce qui venait. Et il ne pourrait trouver d’esthétisme que dans les flammes qui dévoreraient ce port du thé rouge. Il pensait bien sûr à Paul Revere, et aux deux bougies à la fenêtre de la Old North Church. Il connaissait toutes ces histoires. Mais il savait aussi qu’elles n’étaient que le vernis donné à l’idéologie dégoutante des hommes-porcs.
Ainsi pensait Ange, au moment où l’on s’apprêtait à débarquer sur le quai d’immigration.

#48

Le lendemain, la traque commençait. Le premier itinéraire consistait à entrer dans la zone intermédiaire directement par le Riverside Park jusqu’à la 96ème, ce qui laissait une grande flexibilité en terme d’arrêts puisqu’Ange pourrait facilement, avec le bouquin de Paul Auster, flâner en bouquinant, et aussi observer les enfants jouer, les adultes se pitcher des balles de baseball, etc.. Ange partait de la 125ème à 8h du matin, et se donnait jusqu’à 10h30 pour être au bout de la rue de Louis, où il s’arrêterait manger dans un Uno Grill, sur le croisement de la 81ème et de l’avenue d’Amsterdam.

En partant, il s’en voulut un peu de n’avoir pas pensé à récupérer un faux téléphone portable ainsi qu’un véritable portefeuille. Les billets coincés dans la poche de sa chemise feraient l’affaire, mais il ne faudrait pas prolonger le procédé de quelques jours, parce que cela annonçait trop clairement le manque d’un objet sédentaire où mettre ses liquidités. Déjà que l’accès à une carte de crédit ne permettrait pas de se renouveler sur les liquidités, sauf à en voler une quelques heures auparavant pour ne pas provoquer de fausses notes à la caisse, il ne fallait pas que l’on puisse l’identifier sur une lacune de civilisation. En même temps, il serait impossible de toujours utiliser le même portefeuille. Et le renouvellement , y compris pour son bouquin, serait obligatoire. Ange le savait. En ce qui concernait le téléphone, cela poserait moins de problème si le modèle était repéré et passe-partout. Il en aurait besoin surtout parce que cela lui permettrait de passer des faux coups de fil en français, ce qui était un de ses brouilleurs de pistes favoris dans cette ville à forte communauté française.  Il se promit de rentrer le soir-même un peu plus tôt pour pouvoir récupérer toutes ces choses.

Lorsqu’il pénétra dans le parc par le nord de Morningside Heights, il ressentit une exaltation inquiète, qui le poussait à forcer le pas, à aller au plus vite au devant de ce qui l’attendait. Comme une volonté physique d’en finir en fait. Il se reprit immédiatement. Il avait choisi le chemin de la prudence et du repérage, il ne pouvait pas se laisser aller à trop d’ardeur dans son allure. Son costume, un pantalon gris, avec une pair de chaussures de ville noire, et une chemise de soie bleue, lui donnait une allure d’homme assez âgé. Les lunettes à gros montant renforçaient le trait. Un homme assez âgé ne court pas, surtout si visiblement sa motivation de balade est purement ludique.

Ange s’était laissé les cheveux à l’air libre, et prévoyait de les teindre le surlendemain, en les coupant un peu. Il profitait de ce que longs, ils étaient presque frisés, et redeviendraient lisses une fois élagués. Il avait plaisir à se les tournicoter entre les doigts, lorsqu’il réfléchissait à quelque chose, et il ne s’était pas rendu compte qu’il n’avait pas cessé de les harasser depuis quelques minutes. Cela aussi, était dangereux. Il ne faudrait pas qu’on le surprenne à les chercher lorsque les frisettes ne seraient plus là. Il s’obligea donc  à ne plus les toucher, pour l’instant.

Il s’arrêta d’abord sur un banc, situé sur une jetée un peu au sud de la 125ème. Les bancs étaient en fer, et permettait que le soleil soit restitué sous vos fesses. Ange scruta en face, vers le New Jersey. De temps à autres, il retournait la tête vers la côté de Manhattan, pour voir si certaines personnes, à cette heure-ci, faisaient les 100 pas en attendant quelque chose. Rien d’entièrement évident à noter. Il lut quelques pages ennuyeuses d’Auster, puis repartit en sens inverse, sur la promenade, vers le sud.

Plus loin, il s’assit le long d’un terrain de baseball, et fit semblant de regarder les joueurs matinaux. Il pensait, au fond de lui, que c’était tout de même incroyable. Que rien de ce qu’il ne voyait n’était à croire, et rien de ce qui frappait sa rétine n’était la vérité de ce qui se jouait pour lui et pour ses ennemis. Il était dans le dur de la politique : le maquillage absolu. Il était comme un super-héro voyant à travers les murs. Le legs de la Révolution déboutienne, c’était pour cet homme mal habillé d’allure soixantenaire, de voir à travers les choses et les mouvements la staticité d’un espion, le repérage d’un traître. Il était à l’affut, sous un calme imperturbé, de la moindre fausse note. De la moindre cigarette allumée en tremblant, en prononçant des mots dans son poignet. Il se sentit fort, en regardant sans les voir cette équipe à casquette.

Au bout de 30 minutes, il se releva, pour se diriger directement vers la zone plus dangereuse. Il allait entrer au niveau de la 96 ème, dans le périmètre restreint, celui où les agents seraient sur le qui-vive. Il rentrait, petit poisson à gros yeux, dans un vivier de requins. Sans arme. Sans aucun moyen de se défendre. Pourtant, tout autour de lui, des poussettes, des femmes et des hommes dans leurs familles, des enfants en tenue de sport, maintenaient le calme apparent d’une société sans accrocs, sans éclis. Une société heureuse fournissait le décor aux loups cachés, et qui permettaient à cette même société de se donner l’illusion permanente de la paix interindividuelle.

Ange pressentait que l’écran serait vite troué. Que la trame lisse qu’il voyait devant lui exploserait bientôt en décombre, comme on avait fait exploser la Révolution. En entrant dans cette belle surface, aujourd’hui, c’est lui qui posait une bombe dans le sein sacré de l’ennemi.

Il avait plus raison qu’il ne le pressentait.

*  *    *

#47

Ce ne fut pas bien compliqué. Il n’y eut qu’à s’orienter dans le quartier du City College non loin de la 137eme. Là tout un tas de cafés uniquement destinés à recevoir un public d’étudiants du coin offraient des terrasses joyeuses où il serait facile de chipper n’importe quel PC. Ange le fit cependant à contre cœur. Il profita d’un départ aux toilettes pour subtiliser l’objet. Sans difficulté, il était déjà loin quand la pauvre victime découvrit son café vidé et son câble électrique sans rien à charger.

Ange fit donc, grâce à un wifi de Starbucks, la recension des cafés qu’il avait besoin d’établir. La liste était choisie non seulement en fonction des orientations pour pouvoir observer, mais aussi en fonction de l’écart entre les cafés. A la fin de la journée, il avait un itinéraire et les pauses dans l’itinéraire, bref un programme complet des 20 prochaines journées.

Ce qui serait embarrassant, ce serait de pouvoir payer les cafés, parce qu’en fonction des zones où il s’installerait, aucune attention ne pouvait être provoquée de ce côté là. Il fallait donc qu’il puisse se procurer un maximum de cash à l’avance. Il n’avait pas envie de faire plusieurs jours d’aumône pour pouvoir se payer toutes ces futures consommations. Il fallut donc également se résoudre à un vol d’argent liquide. Cela nécessitait de s’éloigner du quartier actuel, et d’aller dans le Upper East Side le lendemain pour perpétrer la chose. Ange ne se voyait pas dévaliser un passant d’Harlem, et surtout il n’en obtiendrait certainement pas la somme escomptée.

C’était curieux pourtant, d’avoir à se résoudre à tous ces vols pour pouvoir parachever une action. Malgré toutes les épreuves qu’on lui avait infligées, Ange trouvait toujours du temps pour penser au caractère fort peu social de ce qu’il était en train de faire. Il pensait que ce n’était peut-être pas si certain que le sens acquis dans l’œuvre global d’une récupération de la mémoire de la Nuit Debout puisse être totalement fixé s’il fallait continuer à mener une vie de vagabond. Il n’en ignorait pas moins cette loi d’or dans laquelle il était tombé que c’est à cause de la mise en compétition dont il avait été la principale victime qu’il devait maintenant faire de basses œuvres. Il n’oubliait donc pas qu’il y a vol et vol, et qu’il dérobait au fond des ordinateurs et du fiduciaire de riche que comme on dérobe du pain pour survivre, même si ce qui était incertain de survivre ici était la Révolution.

Il dérobait donc le pain de la Révolution elle-même.

Pour en finir avec ces tracas moraux, il se décida à commettre la chose le soir-même. Il marcha à travers Central Park, puis rejoint Lexington Avenue par l’Ouest. Il fit un petit repérage des banques autour de la 86eme rue, puis son choix se fixa sur une Chase Bank, pas seulement parce qu’il s’agissait là d’une filiale de JP Morgan, qui avait financé la lutte contre la Nuit Debout New Yorkaise, mais aussi parce que l’emplacement était idéal, dans une rue sans beaucoup de monde et où il y aurait deux parkings pour se cacher.

Ange suivit une des clientes de ce guichet, qui après avoir retiré au moins deux billets de cent dollars, prit vers l’Est en direction de la rivière. Sur le chemin, il s’était baissé pour ramasser une branche morte, qu’il avait étêtée méticuleusement et dont il avait ôté toutes ses feuilles. Il rattrapa la cliente juste avant le second parking repéré, puis, arrivé à son niveau, maintint fermement le rameau nu et l’appliqua entre les deux épaules de la femme par derrière.

« – You look back, scream or turn your head and you are dead. Do not freeze, continue to walk normally and turn left in the garage. I just need your money it wont be long if you can do this seriously »

Il avait senti la femme se raidir et s’arrêter et il l’avait légèrement poussé avec sa baguette. Elle avait repris la route sans rien dire, et sans essayer quoi que ce soit. Elle prit effectivement sur la gauche au niveau du garage, et ils s’engouffrèrent tous deux dans la petite allée sombre de la 85ème.

« -You are going to stop now and if you do what you’re told, this will be over in less than a minute. Take your purse in your left hand verrry slowly, then with your left hand take the cash you just got at the ATM. No funny business or you die on the spot. »

Elle fit ce qu’on lui dit.

« – That’s good, now raise your right hand above your shoulder and I’ll grab the money. When the money will be gone from your hand, you are going to start counting until 30 in your head. When you’ll reach 30, you’ll be free again. But I warn you, not before that, not before you reach 30 ! »

De nouveau, elle s’exécuta. En moins de 2 minutes, Ange avait dévalisé une femme de 350 dollars. Une femme riche assurément, vu son manteau et vu son sac. C’était une nouveauté pour lui, cette robinade là. Mais cela s’était si bien passé, qu’il se dit qu’il pourrait recommencer, si ses ennemis ne lui en laissaient pas le choix.

Revenu au niveau de la 125ème, il « cassa » un billet de 100 pour s’acheter des burritos chez un restaurateur local. Il mangeait à l’œil, et même s’il préférait se débrouiller autrement, sa vie de vagabond, ce soir, ne lui chatouillait pas vraiment le ventre.

#46

Retourné à sa planque, il dormit d’une bonne nuit sourde, soûle et étouffante. Il eut chaud, se réveillait souvent dans des transpirations sans pareilles, mais la chaleur le faisait se rendormir une fois réveillé. Dans l’ensemble, il récupéra.

Au petit jour, il se trouva un tuyau d’arrosage pour se laver. Et se sentit presque frais dans ses vêtements glanés. Il s’installa à la terrasse d’un café et commanda un coca light. Il passa là une bonne heure à étudier sur le guide touristique le plan du quartier où il irait repérer Louis. Il avait prévu qu’il serait activement recherché à partir de la 96ème rue au Nord, de la 76ème au Sud, et du Riverside Park au Central Park par les côtés. C’était déjà une estimation haute, et tout périmètre de surveillance plus étendu serait totalement irréaliste. Un périmètre plus probable pour la recherche active consisterait donc entre les 4 stations de métro aux alentours, réparties plutôt sur le flanc ouest du périmètre élargi. Sur les lignes bleues et rouges. Le point d’entrée dans le secteur le plus sécurisé consistait donc à venir par le parc au bord de l’eau. Et Ange se dit qu’il entrerait chaque fois dans le périmètre et n’en sortirait que par le riverside park.

Il obtenait, les ayant tracés avec un crayon, trois périmètres centrés autour de l’appartement de Louis. Trois zones dont la plus circonscrite était la plus dangereuse. Tout ceci dans l’hypothèse où Louis et Liz n’avaient pas été transférés ailleurs. Ange n’avait aucun moyen de le savoir, et il ne se risquerait de toute façon pas à aller se renseigner à Columbia. Il ne pensait pas cependant que Louis serait transféré. Il avait déjà eut affaire aux services secrets américains, et il savait qu’ils favorisaient avec les témoins et les taupes la technique de l’appât plutôt que celle du transfert. Donc il savait que la probabilité était plus élevée que les services aient maintenu Louis à son adresse juste dans le cas où Ange y reviendrait. Même si ce n’était pas le cas, rien qu’en se promenant un peu et en étant un peu sérieux sur la localisation des figures récurrentes, il s’apercevrait vite du piège, et il tenterait autre chose. Mais au fond de lui, il était presque certain qu’il ne se trompait pas en allant frapper dans la gueule du loup.

Ce qui comptait surtout, c’était qu’il changeât de déguisement chaque jour, et qu’au bout d’une semaine il échange les jours de la semaine. Et au bout de chaque pair de semaines, de nouveau tout changer. Il y aurait pas mal de turn over, mais cela pouvait vraiment payer. Pour le moment, il avait l’équivalent de trois rechanges, il aurait donc besoin rapidement de voler de nouveau des affaires, mais cela ne serait pas un problème.

Il ne paya pas son coca, et fila dans une boutique d’imprimerie et de reproduction. Il profita d’un crédit non utilisé derrière quelqu’un pour reproduire vingt fois son plan. Cela lui servirait à tracer les itinéraires repérés. Au dos de chaque plan, il n’imprimait rien, laissant une page blanche pour les notes et les horaires.

Il retourna à une autre terrasse de café. Cette fois, il repéra tous les transports. En dehors du métro, qu’il connaissait bien, il fallait repérer les bus les plus fréquents et les mieux desservis. Cela déterminerait des voies d’entrée et de sortie plus ou moins sécurisées en dedans et en dehors des territoires tracés. Ange appliqua alors sur les vingt reproductions qu’il venait de faire des itinéraires types différents pour chacune des prochaines vingt journées à venir. A chaque fois, un maximum de l’itinéraire était consacré à déambuler par des chemins détournés loin des transports, et qui aboutissaient tous à la rue de Louis. Après ces vingt premières journées, toute tail ou personne qui le suivrait devrait donc pouvoir être méticuleusement corrélée et reprécisée en fonction des schémas établis. Il suffirait de corroborer en prenant les mêmes trajets.
Ange avait un avantage sur les agents, parce qu’eux avaient des postes statiques, et se devaient de surveiller des endroits fixes. Il était libre de ses mouvements, et pouvait donc les obliger à se mouvoir et à se révéler. Une fois trouvée un agent, il serait capable de connaître son poste, puis de le tester pour savoir le niveau de capture qu’on avait exigé de lui. Plus un agent était mobile, plus le dispositif devait être léger. Ange connaissait tout cela comme on connait des systèmes souterrains, ou des catacombes. C’était comme une pensée de parisien, d’une certaine façon. Il y avait plusieurs étages de compréhension des mouvements urbains et il en connaissait déjà trois ou quatre.

Une fois qu’il eut son dispositif prêt pour les vingt prochains jours, il fallait maintenant déterminer les stops et les étapes qu’il devrait faire dans chacun de ces itinéraires, en tentant d’être aussi varié que possible, mais en même temps en jouant suffisamment sur la répétition des mêmes lieux fréquentés pour pouvoir déterminer si quelque chose de radicalement différent se présentait. Il devait, pour cela, aller sur internet, aucun livre touristique n’était suffisamment étayé pour lui fournir ces informations. Or cela lui posait problème, une recherche sur les bars et cafés du quartier étant probablement surveillée, surtout si cette recherche provenait d’un internet-café.

Il avait donc le choix entre aller  à l’autre bout de la ville dans un internet-café pour faire cette recherche ou voler un PC personnel, qu’il devrait ensuite détruire.

Il préféra la seconde option, et se résolut à voler l’appareil personnel d’un riche étudiant.

#45

Ange avait décidé qu’il n’irait pas plus loin. Parce que la conversation, déjà, lui avait fait du bien, et déjà, il pouvait se rendre compte du mal qu’elle lui ferait plus tard. Ces pensées-là, nommées bittersweet par le monde anglo-saxon devraient en fait être appelées  hill thoughts ou pensées de collines, parce qu’elles vous donnent de la perspective, puis vous forcent à redescendre la pente, dans des chemins tristes, étriqués et isolés. Ange voyait déjà ces chemins de la pensée se profiler par devant lui, sur un continent où l’internalisation des émotions avait été poussées à leur comble, comme il s’en rappelait depuis son enfance.

Cela commencerait, probablement, par l’incurie administrative dont il ferait très probablement les frais. Il possédait la nationalité américaine, et on finirait par le retrouver dans les fichiers. Mais on lui poserait beaucoup de questions, on l’enfermerait peut-être. Certainement, on l’enfermerait dans des cages spirituelles mauvaises pour lui. Il avait toujours eu besoin de la camaraderie, il n’en aurait aucune là-bas. Il connaissait deux camarades d’une section d’appui à la Nuit Debout montée à Brooklyn, mais pas plus. Il se demandait comment il les retrouverait, et s’il pourrait retrouver des perspectives comme les parisiennes. Bref, il y avait de la tristesse en perspective, il ne voulait pas se rajouter la tristesse de la perte d’une proximité. Il échappait à la mort de Samuel, à la mort de Lucie. Il n’allait pas se rajouter le fardeau de la traitrise.

« -Je crois que je vais m’en aller. Tu vois,  ce que tu m’as dit, je pense que c’est juste, et que c’était même plutôt gentil de ta part de me le dire. Mais moi, je vais me méfier trop des raisons qui te font me parler comme ça. Tu vois, d’une manière retournée. Je les connais les paroles retournées et inversées. Je sais comment elles fonctionnent. Et avec toi, visiblement, je suis pas sûr de tout détecter. Je t’ai couru après sans le voir venir, et je me dis que j’ai peut-être peur que tu me fasses courir encore, sans que je le sache. Du coup, ça me fait penser que je devrais aller dans ma chambre. Il est déjà 23h passées, et je travaille demain. Peut-être qu’on peut se revoir aussi, un autre jour. Peut-être qu’on peut en profiter un autre jour, même sur la terre. Peut-être aussi que tu feras pas toujours le même travail.

-Tu sais bien qu’il y aura pas d’autre jour. Mon travail considèrera ce soir comme un échec, ce sera ma seule version des choses à présenter. Et d’ailleurs je serai heureux de la présenter comme ça. Peut-être qu’on m’affectera sur une autre mission, sur une autre personne, c’est vrai. Je le souhaite même. Mais tu vois, either way je te reverrai plus. Même sur ce bateau, j’ai pas vraiment le choix. Je t’approche de manière calculée. Vous êtes deux ou trois comme ça, vous ne communiquez pas entre vous parce que vous êtes comme sur un piège. Tu ne sauras jamais si je te dis ça d’une façon désintéressée ou pour te faire prendre à quelque chose. Tu ne sauras jamais si je t’envoie vers des gars de chez moi ou pas. Moi, tu as raison, je manie ça un peu trop, au point même que je ne sais plus bien si c’est mes raisons personnelles ou celles que j’ai intégrées.

-Oui mais ca t’empêche pas de faire émerger des raisons purement personnelles, évacuées de celles qu’on a installé en toi. Précisément, dans des cas comme ça, il y a comme une contradiction plus pure qui se montre non ? Comme deux principes qui s’affrontent l’un l’autre et qui ne peuvent pas tourner ensemble ? Je sais pas, je peux pas être à ta place, mais elle n’a pas l’air vraiment tenable cette place. En tout cas, je veux dire, pas tenable dans les moments précieux, dans les moments où il faudrait tenir à quelque chose. C’est ça la chose, tu ne tiens à rien n’est-ce pas ? Et pourtant, tu sais à quoi moi je tiens. Je le vois bien, tu comprends à quoi je tiens, l’essence même de ce qui m’importe. Alors, ça veut dire que tu y as quand même accès quoi. Bon, ça moi ça parait m’indiquer que tu en reviendras peut-être, de cette position détachée. Moi en tout cas, pour ce soir, je peux pas.

-Je comprends tout à fait ça. Et à mon tour, je me dois de te dire (oui c’est un peu comme un devoir, comme une chose qui s’impose à moi de l’intérieur) que je sais que toi aussi tu me comprends. Ou plutôt tu comprends ma rigidité, mon sérieux à le faire. Tu comprends qu’il s’agit d’une tâche importante aussi. Que c’est pas pour rire ou pour en profiter? Que je saurais faire ça bien. Et qu’on fait ça bien que quand on comprend qui on étudie. Moi je te comprends, mais ça aussi, ce sont des agents qui me l’ont appris. Je te dis bonsoir Ange, je serai jamais trop loin.

-Bonsoir. »

Le plus cruel, certainement, fut qu’il ne put pas prononcer son nom. Il repartir vers sa cabine, comme on descend dans le creux d’une vallée, avec les arbres qui se mettent à vous bloquer la vue. Il savait qu’il fallait de nouveau se concentrer sur autre chose. Les deux dernières semaines de travail seraient terribles à supporter. Il en avait déjà les bras qui flanchaient. Il ne dormit pas de la nuit.

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#44

Après ce long moment d’échange d’intensités singulières, les deux jeunes hommes s’accoudèrent l’un à côté de l’autre sur la balustrade. Ils ne savaient plus trop quoi se raconter. Ils étaient ennemis dans la Révolution, opposés de toutes les manières possibles. Il n’y avait rien à dire, rien d’autre à exprimer que l’attirance réciproque et farouche qu’ils se renvoyaient. Tom était pour le bateau soit pour spécifiquement surveiller Ange, soit pour en surveiller d’autres avec lui. Dans tous les cas, une fois qu’ils se quitteraient, ça les mettrait tous les deux mal à l’aise. Et il restait pas loin de 2 semaines de navigation.

Comment vivre avec une attirance pour son mal propre ? Comment quitter ce mal propre sans avoir de mauvaises pensées pour lui, alors qu’on a tant de belles affections envers lui ? Il y avait là un champ d’investigation inter-individuel intéressant. Ils ne savaient tous les deux pas du tout comment l’exploiter. Ils attendaient, côté à côte, de se donner mutuellement le courage de se quitter, ou de pousser plus loin la contradiction.

Ange avait l’impression de se voir en symétrie axiale. Lui, dans une position opposée. Lui, fort, robuste, capable de se passer des autres, bon à faire attendre, bon à provoquer l’envie, le suspense et les gesticulations du corps qui voulaient dire « je te veux ». Lui dans un autre corps, et qui lui avait fait faire la même chose, qui l’avait fait gesticuler lui, petit pantin sur un navire qu’il ne connaissait pas. Une belle gueule, comme lui, l’avait fait courir sur un pont, et l’avait presque fait bafouiller. C’était troublant. Et pourtant ça lui faisait aussi comme un bon bout de chaud dans le dedans des tripes. Il aimait bien penser qu’il aurait pu en prendre pour toute une nuit, et même pour plusieurs nuitées, d’un bout de chaud comme ça. Mais en même temps, ça devait faire mal à la tête un imbroglio pareil, quand on se réveillait le matin. Se dire qu’on couchait avec la contre révolution, ça vous mettait pas franchement le sourire dans tous les coins de la figure. Et devant sa tasse de café, il y avait moyen que vous vous sentiez un tout petit peu comme un traître à la cause. Alors évidemment, Ange hésitait, et ne savait comment lutter contre un désir pareil, qui le mettrait littéralement dans des draps bien sales.

Dans le même temps, Tom ne pipait rien. Regardait juste l’eau comme si elle lui révélait quelque chose, alors qu’elle était noire comme une sèche qui vous a craché au visage. Il la regardait comme on regarde dans du mare de café, pour essayer d’y trouver ce qui n’y est pas. Il fixait, écarquillait. Rien, rien à trouver dans du noir si total. Et ca ne l’aidait pas beaucoup à se déterminer dans la discussion. Peut-être dix minutes passèrent comme ça. Le noir de l’océan les paralysait. Le noir du ciel les paralysait. Il n’y avait que leurs yeux pour se donner des réponses, mais ils hésitaient à regarder dedans, de peur de trouver les mauvaises.

D’un seul coup, ce fut Tom qui entreprit :

« -Pour moi, ce serait moins grave que pour toi.Parce que ça pourrait être pris comme une forme de continuité du métier. Je pourrais même être récompensé pour ça, alors je te demande rien, je sais que c’est plus difficile de ton côté. Moi, je vais parler comme un égoïste tu vois. Je vais même pas parler d’ailleurs. Juste je vais te regarder, et ce sera pas commode pour toi. Ce sera pas commode quand tu seras débarqué sur la terre de là-bas, parce que ça va te poser des problèmes dans la caboche. Moi j’aurai juste à switcher vers l’anglais, à penser les choses un peu autrement, ou même à me réfugier dans des idées professionnelles. Je te dis tout ça un peu comme les idées arrivent dans ma tête hein, parce que tu vois je suis pas vraiment aidé par le fait que tu es une partie de mon métier. Ca c’est difficile à évaluer, ca trouble un peu ce que je pense. Ah et puis je sais même pas pourquoi je te balance tout ça.

-Si tu le sais. Tu le dis parce que ton métier te coûte justement. Parce que ça t’emmerde, là tout de suite, l’espionnage. Parce que ton boulot de gouvernementaleux, il s’arrête à la frontière de la passion, du ressenti et de ma peau d’homme. Il s’arrête là, il passe pas ce que je suis moi, il te repousse même de ce que je suis moi. Quand je serai arrivé sur ton continent, il te repoussera encore plus loin de moi, même si comme tu dis tu ne seras jamais très loin. Toi ou tes patrons. Non, tu sais même très bien pourquoi tu dis tout ça. Tu dis tout ça parce que si tu pouvais le jeter dans la flotte ton métier, tu le ferais, et ca te permettrait d’avoir un corps chaud contre toi ce soir. Ton métier, c’est ton lit vide et froid. Ou alors c’est un lit chaud que pour des informations.

-Tu me dis des choses bien dures, comparées aux miennes. Mais j’imagine que tu as raison. Alors on fait quoi ? Je peux le laisser me pourir mon métier si tu veux, je peux le laisser refroidir mon lit encore ce soir. J’y suis prêt si ça te permet de rester bien dans le dedans de tes neurones. Je peux faire ça pour toi. »

Ange entendit cette phrase comme il fallait l’entendre. Tom pouvait faire ça pour lui, parce qu’il avait du, dans l’ombre, faire des choses dont il y avait à s’excuser..