#36

La devanture était littéralement remplie d’individus vêtus de blousons, de casquettes et de lunettes de soleil, fouillant l’ensemble du lieu. Aucune trace d’Andrew. Il était difficile de comprendre comment les agents n’avaient pas repéré les caméras. Etaient-elles trop bien cachées ? Avaient elles été laissées là à dessein afin de pouvoir le terrifier ? Ange ne réfléchissait plus de façon très nette après deux jours de grande faim.

Au moins, il en avait le cœur net, une recherche active avait été lancée contre lui, et ses liens avec Andrew, connus de Louis seul, mettaient ce dernier au centre du viseur de l’ensemble de cette affaire. Louis et Liz, s’ils n’avaient pas nécessairement organisé tout cela, étaient au moins le coeur des renseignements fournis aux services gouvernementaux. Si Ange parvenait à se sortir vivant de ce traquenard, il se promettait de tuer l’ancien amant de Lucie.

Sortir de ce traquenard ? Aucun moyen vu ce qu’il pouvait observer sur le moniteur.

Ange regarda les agents fouiner pendant un bon moment. Cela l’intriguait. Ils ne semblaient pas chercher nécessairement des preuves ou collecter des indices, mais ils tentaient plutôt de trouver un objet en particulier. Comme des gens qui auraient perdu leur clef. Une grande désorganisation en ressortait. Ange lia, intuitivement, cette  démarche avec les photos de Mary qu’Andrew avait retrouvées, et qu’il avait pu voir dans le téléphone de son ami. Une disparition active était orchestrée pour faire disparaître leur ancienne camarade. Cette obsession pour les évidences de Mary pouvait expliquer pourquoi les agents dans la devanture ne songeaient pas à chercher dans les plafonds et n’avaient pas détecté les caméras.

Ange cliqua sur la flèche située en bas du logiciel de surveillance. Cela permit de voir ce qui se passait cette fois à l’intérieur du dépôt. Vide, celui-ci était entièrement vide. En comparant les deux pages de visualisation, Ange vit en effet que dans la devanture, aucune trace d’ouverture n’était présente dans le mur du fond. Et que même cette entrée était particulièrement bien camouflée puisqu’il n’y avait sur l’image, assez nette, aucun encadrement de porte. Ange ne s’expliquait ni comment Andrew s’y était pris pour fermer cette porte, ni comment les agents avaient pu ne pas la repérer.

Il était vrai qu’Ange ne l’avait pas vue fermée, puisque quand il était arrivé dans le magasin, la porte de derrière était déjà ouverte. Cela n’expliquait cependant pas le mystère, puisqu’Andrew, en allant répondre à l’alarme au moment de quitter Ange, avait pourtant du ouvrir la porte entre la réserve et le magasin ! A moins que..

A moins qu’il n’y ait une sorte du dépôt sur l’extérieur, ce qui présenterait l’avantage de pouvoir rallier le magasin par la rue, en faisant comme si l’on arrivait de l’extérieur de la boutique. Ange sentit l’espoir grandir démesurément en lui. Il avait enfin une chance de sortir de ce guêpier. Seulement, il restait un problème majeur. Il était pratiquement certain que, malgré le camouflage époustouflant de la porte par Andrew, les agents finiraient par trouver les murs creux et donc à faire en sorte d’abattre la cloison entre la devanture et la pièce de stockage. De plus, Ange n’avait pas la moindre idée de l’issue qui était peut-être présente dans le dépôt.

Une chose était certaine, à partir des caméras, Ange pouvait aller se nourrir sans entrave dans cette pièce. Il alla ouvrir les lourds verrous de sa porte immédiatement. Il avait oublié que la porte pouvait être close de l’extérieur également. Problème rapidement surmonté parce qu’Andrew, décidément aussi prudent qu’un agent du gouvernement (ce qui était d’ailleurs assez troublant pour Ange qui ne l’avait jamais estimé aussi compétent du temps où il l’avait connu à la Nuit Debout new yorkaise), avait installé dans la version privée de son ordinateur un appareil de déverouillage numérique de la porte. En quelques minutes, Ange ayant trouvé la solution, il parvint à ouvrir la porte de sa prison et se retrouvait dans le garde manger géant.

Il se rua sur une salade toute préparée qu’il avala en fort peu de temps. Puis bu la moitié d’une canette de jus d’orange. Il se sentit la tête tourner et du s’asseoir un moment.

Adossé au mur, assis par terre, il entendait maintenant les agents fouiller à quelques mètres de là. Il ne ressentait pourtant aucune peur, parce qu’il avait un avantage sur eux et avait pu les appréhender à partir des moniteurs. Il se sentait en position de supériorité, pour une fois si rare, et il en profitait. Il se fit la réflexion qu’à aucun moment de sa vie il n’avait eu une longueur d’avance sur des services secrets. Grâce à Andrew, il en avait maintenant eu cette chance pour la première fois. Il savoura cette pensée en ouvrant un fromage qu’il étala sur des crackers. Il se sentit les forces revenir, termina la canette puis se mit en branle afin de trouver cette issue qui devait avoir été empruntée par Andrew au moment de le quitter deux jours auparavant.

Il inspectait les murs à la lampe torche, n’ayant allumé aucune lumière de peur de donner un signe aux investigateurs. Aucune fissure n’apparaissait ni sur les parois, ni sur le plafond. De même, en passant sa main un peu à toutes les hauteurs et contre les surfaces, Ange ne sentit aucun changement dans l’air, aucune arrivé de fraîcheur ou de chaleur. Il ne savait d’ailleurs pas s’il devait s’attendre à de l’air chaud ou froid, n’ayant aucune idée du temps qu’il faisait dehors. Il fit ce geste de garder les mains en l’air pendant plusieurs dizaines de minutes, jusqu’à ce qu’il en soit fatigué.

Aucune trace de trappe, de porte, ou d’un quelconque passage à aucun endroit. Il fallait pourtant qu’Andrew ait pu sortir assez facilement de la pièce pour aller répondre à l’alarme l’autre jour.

Il en était à ces réflexions quand un bruit sourd le terrifia. De l’autre côté de la cloison, à l’endroit de la devanture, on frappait d’un objet lourd. On avait compris que la cloison résonnait. Et on tentait de l’abattre. Ange n’en avait que pour quelques minutes.

*   *    *

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#35

En introduisant la cassette dans la console, Ange vit apparaître un écran noir, et la musique de Mario se fit forte dans la télévision. Quelques secondes plus tard, la petite musique répétitive se transformait en version musicale de l’internationale et une image pas très grande, très pixellisée et assez floue vint se placer au centre de la trame noire. On y voyait Andrew et deux autres hommes qui se prenaient par le bras et qui souriaient. Leur visage semblait comme illuminé, et le soleil qui venait éclairer leur belle peau encore jeune avait du être radieux ce jour là.

Les frères de Mary.

Probablement derrière la caméra qui avait pris cette photo, Mary elle-même, qui avait positionné sa main et deux doigts en V entre elle et les trois hommes. La photo devait dater de la fin des années 2020, Andrew avait déjà un air assez vieux par rapport à l’époque où Ange l’avait connu. Les deux autres hommes avaient une allure assez banale, à peu près de la même taille qu’Andrew, même carrure, seulement des visages un peu différents, peut-être plus européens.

Au bout de quelques secondes, la cassette s’arrêtait, et était automatiquement éjectée de la console. Si on la repoussait, la même chose se passait. Ange fit l’essai trois fois puis stoppa.

Il était certain de posséder maintenant le nom d’utilisateur, ou presque : soit Mary Bros’ soit Mary’s Brothers, mais quelque chose dans ce genre.

Cependant, le lien donné par la cassette bidouillée par Andrew était trop évident à ce stade. Car même sans savoir qui était Mary, et la référence à ses frères d’arme, il était assez simple de comprendre qu’il y avait un code.

Cette découverte donnait tout de même de l’espoir à Ange. Il lui fallait trouver le nom de ces deux types qu’il ne connaissait pas, et qui étaient à n’en pas douter des camarades.

Il entreprit une recherche internet en tapant le nom d’Andrew et en voyant les images que Google associerait. Aucune ne correspondait évidemment à la photo qui était apparu sur l’écran. Ange passa quelques heures à lire tous les articles de jeux vidéos et d’autres spécialisations informatiques qui avaient été laissés sur la toile par Andrew. Aucun indice, rien. La solution devait être plutôt dans la tête d’un révolutionnaire que sur le gigantesque réseau contrôlé par les services du gouvernement. L’empirie mnésique de la Nuit Debout, encore vivante dans certaines têtes, allait peut-être sauver la Révolution même.

Ange prit un peu d’eau restant dans le bac à douche et s’en absorba le visage, comme pour s’introduire des idées fraiches dans la tête. Il était un peu requinqué et il voulait continuer à penser sur ce thème des frères de Mary.

Il retourna vers les cassettes de jeu vidéo. Il se ravisa sur la notion de facilité qu’il y avait à découvrir la petite ruse d’Andrew. En effet, un investigateur qui n’aurait pas eu à rester plusieurs jours de suite dans la pièce n’aurait probablement pas perçu le caractère nécessaire d’introduire tous ces jeux dans la fente de la boite métallique. Il aurait tout au plus inspecté l’extérieur des cassettes elles-mêmes. Et celle de Mario n’avait rien de saillant : elle était seulement un peu abîmée et effacée dans son titre. Il fallait avoir Mary en tête pour véritablement sentir le besoin de la vérifier. Prise dans la série des autres cassettes, elle n’était pas singulière.

Ange réintroduit le petit morceau de plastique de nouveau, et essaya de déceler des détails dans l’image. Rien de pertinent ne se fit jour dans son esprit. Comment avoir le moindre soupçon de qui étaient ces deux hommes, dont les noms constituaient vraisemblablement le mot de passe. On ne distinguait pas bien leurs yeux, ni ce qui était écrit sur leurs affaires. En bref, rien à tirer du visuel.

Ange introduit la cassette encore. Cette fois, ce qui le frappa fut la transition pas vraiment nette entre la musique de Mario et l’Internationale, pas entièrement chiadée et laissée un peu dans un format amateur. Quel était le lien entre la petite musique lancinante de Mario, risible, embêtante, chatouillante, et la noble chanson de toutes les batailles progressistes d’Europe ?

Ange repassa la bande, encore et encore. Plus il la passait, plus il eut l’impression que la rupture entre les deux enregistrements était voulue, et plus il sentit que la musicalité de l’internationale était bizarre. Le rythme ne correspondait pas à ce que devait être le champ, et certaines notes étaient faussées, délibérément peut-être.

Ange eut une idée, il s’installa devant un ordinateur, puis alla trouver dans les programmes un outil d’enregistreur, qu’il lança. Il enregistra d’abord la bande de Mario, puis ensuite la bande de l’internationale, dans deux fichiers différents. Il les fit jouer en même temps. Il n’en sortit qu’une cacophonie. Rien de discernable qui pouvait donner une clef pour le mot de passe.

Ange eut alors une autre idée, il sortit le texte anglais de l’Internationale, puis commença à la chanter au refrain, suivit de tout un couplet, puis d’encore un refrain et soulignait chaque syllabe correspondant aux fausses notes dans la chanson. Il n’en sortit qu’un galimatias aussi indistinct que la cacophonie précédente.

Ange réfléchit. Les frères de Mary. La famille de Mary. La famille et l’origine de Mary.

La famille de Mary était d’origine polonaise !

Ange sortit le texte de l’Internationale en polonais, puis prit soin de recommencer l’exact même processus. Ce qu’il écrivit syllabe après syllabe l’abasourdit. Une connaissance de camarade de l’Internationale, lui signalant les fausses notes, lui signalait aussi la clef de tout un mystère. Andrew avait misé sur l’oreille d’un révolutionnaire.

Devant lui sous, ses yeux, une suite entièrement logique se déroulait en série de phonèmes : Ja Cob Ju Stin An Di. Jacob, Justin et Andy.

Ange se précipita sur l’ordinateur, puis inscrivit les mots suviant :

User : Mary’s Bros    Password : JacobJustinAndy

La session s’ouvrit. Dix images mouvantes, issues de caméras, montraient le terrible spectacle de ce qui se produisait dans la devanture de la boutique..

#34

Qu’est ce qu’Andrew avait pu trouver d’intéressant dans ces photos ? Il s’agissait surtout de portraits de Mary. Ange avait photographié les clichés avec son téléphone simplement pour ne pas perdre trace d’elle. Ange les feuilletait, quand il entendit un bruit sourd au dessus de lui.

La douche s’était arrêtée de couler.

Avec cette anxiété en plus, il réfléchissait, seul dans cette pièce qui se refermait sur lui. Les photos n’évoquaient rien d’autre que Mary. Bien sûr il se disait que Mary pouvait soit être le nom d’utilisateur soit le mot de passe pour la session bloquée. Mais ca ne solutionnait pas grand chose, et ca paraissait bien simple. Il fit quelques essais en intervertissant les places et en ajoutant « Revolution » ou « Nuit Debout ». Rien ne se fit. Ange était perdu.

Il passa quelques heures sur internet, tentant d’aller fouiller dans l’historique. Tout était effacé. Aucun cookie, aucune indication dans la barre de recherche. Aucun favori. Ange tapa le nom Mary Stove, et l’accola à celui de Columbia, puis de riot, puis de revolution. Rien ne sortit. Tout avait été effacé. Elle n’existait littéralement plus.

Ange n’osa ouvrir aucune messagerie en ligne, ni n’en créer aucune. L’adresse IP de l’ordinateur devait être entièrement contrôlée. Tout ce qu’Ange voyait sur son écran, c’était certain, quelqu’un d’autre le voyait aussi. La clef ne pouvait pas résider en ligne, mais dans un fichier du, physiquement présent dans l’ordinateur ou dans la pièce, qui permettrait de trouver une solution en dessous des radars de tout espionnage. Les associations d’idées trouvées sur un internet étaient paramétrables, filtrables, déjà paramétrées et filtrées.

Il avait fermé le moteur de recherche et restait songeur, à fixer l’ensemble de la pièce. La disposition des choses dans l’espace n’indiquait rien. Il fit les cent pas, scrutait ce qui l’entourait d’un nouvel angle. Il s’y épuisa.

Il passa la nuit, ou ce qui correspondait à la nuit, à savoir le moment où il fut trop las pour pouvoir continuer à réfléchir, dans une position accroupie, le corps et la tête contre un mur, avec deux pulls par dessus lui. Quand il se réveilla, la seule chose qui lui indiqua l’heure fut l’écran d’ordinateur des invités, qu’il confirma en faisant une recherche sur l’horloge planétaire. Il était 5 heure du matin. Il faisait très froid. On avait du également couper le chauffage.

Il passa la journée à errer. Il but avec modération. La faim le tiraillait. Et pour se remplir le ventre il avait tendance à boire plus. Il était dur de se restreindre. Il n’avait que l’équivalent de 4 ou 5 litres d’eau. Il commença à focaliser son attention sur autre chose, pour oublier les coups dans son ventre.

Ange trouva quelques feuilles blanches, et avec un stylo commença à noter tous les mots ou les noms qui lui passèrent par la tête, et qui pouvaient être liés à Mary. Harlem, Columbia, barricade, police, NYPD… son esprit recombinait toutes ces entités et essayait d’en sortir du sens. Sur les photos, Mary était toujours dans un environnement qui ressemblait au upper west side, rien de marquant, pas un bâtiment particulièrement saillant. Elle souriait toujours, mais rien de singulier dans sa physionomie. Les mêmes cheveux bruns-ocre, les mêmes yeux de bleu pur, rien de différent de ce qu’il ne connaissait déjà.

Il refouilla tous les fichiers de la session guest de l’ordinateur. Il retourna toutes les photos des cartons, inspecta tous les éléments des machines d’impression. Rien à faire, aucun indice.

Quand il fut lassé de fouiller de ce côté là, il commença à examiner l’arrivée d’air, pour voir s’il n’y aurait pas moyen de sortir par une conduite. La plaque trouée était fixée solidement dans le plafond, aucun moyen de la faire sortir de sa surface lisse. Elle était de toute façon trop réduite pour qu’un corps put s’y glisser, ce qui présentait au moins l’avantage qu’on ne viendrait pas surprendre Ange de ce côté là.

Il était épuisé, sa tête lui faisait mal. Il s’endormit de nouveau, sur une des chaises qui faisait face à l’ordinateur cette fois. Réveil vers 23h le soir. Ange commençait à considérer l’option de sortir par la porte, avec une arme bricolée d’éléments prélevés sur les machines à impression. On le tirerait probablement comme un lapin, mais plutôt ça que de mourir desséché dans une pièce introuvable.

Il démonta un bout de la presse, qui avait du servir à établir des faux passeports, pour réussir à en sortir une forme de bras de métal articulé. Ce n’était pas pratique, parce qu’au bout pendait une pièce tournant sur une vis, et empêchait l’objet d’être tout à fait contendant. Ange eut l’idée de prélever un grand bout de scotch qui tenait les cables d’ordinateurs afin de parvenir à fixer la partie mobile. L’arme était droite, mais très peu convaincante. Ange la reposa dans un coin de la pièce, et se rassit, cette fois en face de a télévision. Il joua à un jeu vidéo pour se renouveler les idées. Il se dit qu’il passerait encore au moins une journée à réfléchir avant de tenter une sortie.

Dehors, aucun bruit, pas une vibration, pas un cri ou un tapement. Rien. La pièce aurait rendu Ange fou s’il n’avait pas eu le bruit des ordinateurs et de la console de jeu. C’était d’ailleurs une des raisons qui avait du pousser Andrew à l’installer là. Il finit le jeu auquel il s’était attelé en quelques heures : « Megaman ». Ange le connaissait bien, pour y avoir activement joué étant petit. Andrew et lui avaient approximativement le même âge, ce qui leur avait donné probablement des goûts communs.

Quand il eut terminé, il refit un tour dans la pièce, pour se décrasser avant d’entamer « Megaman 2 ». Il but quelques gorgées, puis se rassit devant la télévision. En fouillant parmi les cassettes de jeu, il en découvrit qu’il connaissait déjà. Dans la pile, juste au dessus de celle qu’il désirait, Ange aperçut le logo facilement identifiable de « Mario Bros ».

Sous l’image, cependant, le titre était légèrement effacé. Et le premier « o » avait disparu. Ange n’en croyait pas ses yeux : « Mari Bros ».

Les frères de Mari.

#33

L’embarcation était un cargo gigantesque affrété par une compagnie de transport maritime qui avait un relais au Havre, et que les dockers n’avaient jamais bloqué. Ange ne savait pas très bien pourquoi. Les marchandises venaient de Rotterdam, transitaient par le Havre, et étaient ensuite pour la plupart à destination de Boston via Plymouth, Angleterre. Trajet inhabituel pour un cargo de si lourde cargaison.

Ange était employé dans la laverie. Ca ne le dérangeait pas. On lui expliqua rapidement ses tâches. Il devait récupérer les draps et les linges de lit encore mouillés des bacs à lavement puis les envoyer un par un dans une fente de machine qui les séchait et les étirait à la fois. Seule difficulté, un linge mal envoyé se froissait et serait marqué d’un pli irrémédiable qui obligerait à le relaver, et donc à prendre du retard. Ce qui provoquait le courroux du chef de blanchisserie, qui demandait chaque fois un peu plus d’augmenter la cadence. Rien de très effrayant. Ange se préparait à focaliser toute son attention sur le labeur pour oublier ce qu’il laissait derrière lui.

Lors de sa montée sur le navire, une drôle de sensation lui avait chatouillé les tubes dedans le ventre. Pas seulement les dockers, pour lesquels il s’était pris d’amitié, mais aussi cette forme de singularité qu’avait pris la France dans la lutte, et qu’il aimait non pas comme on aime une patrie, abstraitement. Qu’il aimait comme on aime un ensemble de beaux gestes, de relations simples et complexes tissées au travers des combats de libération. Ses compagnons lui étaient arrachés par la dureté de la mort, et la froideur de ce qu’il restait à accomplir, dans un pays qui lui semblait un cauchemar éthéré. Il détricotait sur ce bateau l’ensemble des fils patiemment reliés dans et par les autres déboutiens. Les dockers qui lui avaient dit au revoir semblaient aussi le regretter, ce jeunot bien organisé qui leur avait sauvé plusieurs fois le dépôt.

Bref il laissait du froid pour du chaud, et pas mal de questions en suspens, ce qui provoquait dans son estomac maigri des remous qui n’étaient pas encore ceux de la mer, mais qui n’allaient pas tarder à laisser leur place au tangage. Sur le pont, il avait levé sa main vers le Havre d’une manière totalement opposée à celle qu’il avait quand il se tournait vers l’autre continent. Un regard de pitié, un bras de résistance, et ses entrailles qui se déchiraient devant le déroulé gris des bâtiments qu’il laissait.

Les silhouettes si distinctes de ses camarades déjà affairés à autre chose qu’à lui dire au revoir devinrent plus floues, et s’évanouirent dans les dessins de traits épaissis dans la disrance. Le tout n’était plus qu’une grosse ligne un peu brisée, et la France avait disparu.

La première journée était libérée, et Ange put découvrir les coulisses de la grosse structure sur laquelle il échappait à la mort. Elle était admirable, fabriquée à Saint-Nazaire se fit-il dire par ceux qui parvinrent à lui parler français. Il y avait beaucoup d’allemands et d’américains, tous occupés à leur propre chose. Ange fut seul la plus grande partie de la journée.Il visitait la salle des machines, les cuisines, la soute à stockage, sans qu’on lui donnât beaucoup d’informations. Il était donc en présence de ces choses inconnues sans les explications, ni la nomenclature, ni les sous-titres. Il contemplait sans contenu, pris de stupeur devant tant de métal diversement agencé, le tout flottant sur un abîme qui lui faisait peur. Du coup, ça lui semblait presque une attraction touristique ou un parc d’attraction. Il se mouvait là d’un pas lent, en observant chaque chose minutieusement, comme si on l’avait laissée là pour qu’on l’admirât et qu’on pousse des petits bruits d’émerveillement devant chaque bout de cette grande organisation.

Ce qui l’impressionnait beaucoup, c’était les salles de machines, où les hommes étaient les subordonnées des pompes, des vis, des valves et des tuyaux. Ils s’agitaient au milieu de la ferraille en tentant d’ajuster un peu ce qui fonctionnait très bien tout seul. Ce n’était qu’une question de mettre de l’huile ou de donner un peu plus de puissance. Mais l’ensemble était fonctionnel sans bras et sans jambes. Une tâche d’appoint donc, exactement inverse à la grande œuvre d’une Révolution. Ange se dit qu’il fallait pourtant peut être un peu s’en inspirer. Et que la Nuit Debout qu’il s’apprêtait à relancer devrait être comme une formidable embarcation démocratique, où le système n’aurait besoin que d’être corrigé, sans qu’on puisse le former à broyer les hommes les plus faibles. Ange songea que ce n’était pas aussi simple, puisqu’il n’avait pas encore vu la salle du commandement et donc le lieu de centralisation des décisions sur le navire. Il se promit pourtant de repenser à l’autonomie d’une structure en mouvement.

Dans la cabine partagée à 4 qu’on lui avait donnée, aucun de ses compagnons de lit n’était là. Il déposa simplement un petit sac d’affaires que les dockers lui avaient procuré pour la traversée. Il y avait dedans deux tenues de rechange, un savon, une serviette, et une paire de chaussures d’une pointure trop grande. Il posa par réflexe ce petit baluchon sous son lit, de peur qu’on ne lui prît. Il garda dans sa poche un livre qu’un ami de bureau de section syndicale lui avait donné. Il s’agissait de Pêcheur d’Islande de Pierre Loti. Ange commença sur le pont les premières pages. Il ne savait pas pourquoi on lui avait donné ce livre précisément. Il s’y plongea jusqu’à l’heure du souper, et oublia tout.

Quand on sonna la petite alarme qui indiquait la soupe, il découvrit qu’il avait grande faim, et il suivit les hommes qui convergeaient. Il y avait deux alarmes, une pour une partie des machineurs et l’ensemble des corvées annexes du navire, qui laissait l’autre partie en réserve au cas où une anomalie surviendrait. Il était 18h30. Ange se demandait s’il habituerait à manger si tôt.

Il prit un plateau et une gamelle à l’entrée de la cantine. On lui servit du boeuf aux haricots, un bout de pain, un morceau de fromage et une part de flan. Pas mal, se dit-il. Il mangea seul, en bout d’une table, comme beaucoup des non-marins. Il se plaisait, pourtant, à observer les visages pâles autour de lui.

*    *    *

#32

Il avait passé pas loin d’un semestre entier dans cette ville de l’industrie maritime. Rapidement, quelques amis parmi les dockers et parmi les divers ouvriers du port solidaires. Il s’était aisément fait une place d’organisateur dans les grèves permanentes. Il savait collecter l’argent, l’économiser, le distribuer pour tenir face à la répression, aux suppressions de salaires, aux menaces de mise à pied et aux injonctions à reprendre le travail. Contre les ordres parfois régressifs des directions syndicales aussi. Ange ne touchait bien sûr pas d’argent, mais on le laissait se nourrir de l’alimentation menue de la grève. On le laissait dormir dans un coin d’un entrepôt occupé qui sentait l’odeur des pneus brûlés et du charbon. Ca lui plaisait, il y avait des sanitaires avec une douche dedans. Le soir il sortait sur les quais regarder l’horizon où il finirait bien par forcer son entrée, à trouer la raideur et l’immobilité. Au bout de quelques mois il commençait à s’impatienter. Il voulait provoquer l’agitation sur cette ligne d’où ne venait que des mauvaises nouvelles, des propositions de collaboration militaire et des conteneurs de produits à valeur ajoutée.

Il guettait le départ d’un bateau céréalier, fruitier ou n’importe quel transport où la main d’œuvre pouvait être embauchée, non seulement pour l’entretien du bateau et la navigation, mais aussi pour des tâches de conservation de la marchandise, ce qui pouvait plus aisément lui convenir. On avait promis qu’on lui ferait signe, qu’on demanderait aux marins. La vérité, c’est qu’on était trop occupé par la lutte et que l’on ne prenait pas vraiment le temps de faire le tour des navires au départ. Et puis, ça permettait pas mal de nouvelles possibilités, un secrétaire entièrement bénévole, qui se plaisait non seulement à remplir toutes les tâches embêtantes quand on avait à s’occuper de sa famille mais aussi qui permettait qu’on s’assure en permanence que le port n’était pas envahi de policiers ou de CRS. Bien sûr plusieurs fois la préfecture avait envoyé des cordons dans les premières heures de la journée. Ange qui avait le sommeil léger les avait entendu venir de loin à chaque fois. Et en quelques minutes, les dockers avaient eu le temps de rappliquer avec les machines, et avec un nombre suffisamment dissuasif pour qu’on les laisse prendre possession des lieux. Surtout qu’on n’avait pas vraiment le choix, pris entre des tracteurs et la baille.

Le commandement n’avait jamais osé envoyer l’armée, comme pour la Nuit Debout parisienne, parce qu’au Havre la ville entière se serait soulevée et cela n’aurait fait que créer une Commune indépendante de plus. Après Marseille, Toulouse et Rennes, on n’avait pas besoin de voir un port stratégique se mettre entièrement en cessation d’activité. Seulement on en était déjà plus très loin, les policiers énervaient beaucoup les dures peaux industrielles formées ici. A cause de la faiblesse des gens en armes, qui laissaient faire en se contentant de mépriser, mais aussi parce que plusieurs mutineries s’étaient déclarées. Beaucoup avaient quitté l’uniforme, et dénonçaient maintenant les méthodes que les chefs avaient employé pour étrangler les mouvements sociaux. Si bien que ceux qui étaient restés faisaient figure de sales suiveurs, de cabots et de pleutres.

Ange aimait cette atmosphère, il se sentait bien dans cette ville. Et s’il n’était pas éprouvé cette irrésistible envie de troubler l’horizon, il pensait qu’il aurait pu remonter une Nuit Debout complète ici avec quelques collaborateurs et deux ou trois sabotages. La contradiction pouvait se pousser absolument dans cette guerre de classe bien distincte. Il envoya même quelques missives à la commission parisienne pour voir si quelques volontés fatiguées de la bataille lutécienne ne voudraient pas débaucher ici et venir porter la révolution jusqu’à la dernière frontière avant l’Empire.

Il n’eut jamais le temps de voir la Nuit Debout venir déborder ici, et devenir le relai de ce qui serait bientôt l’envoi révolutionnaire régulier des réquisitions de la Nuit Debout new yorkaise créée par Ange et quelques camarades.

Il n’en eut pas le temps, parce qu’on lui parla d’un bateau en partance pour Boston, le mois suivant, et il eut l’occasion de s’y engager. Il venait de mettre son pied dans une nouvelle dimension de la Révolution. Prêt.

Prêt à enflammer l’Atlantique.

#31

 

Les dockers s’étaient rassemblées pour protester contre la suppression d’un mois entier de paie, supposément à cause d’une grève prolongée dans les mois précédents. Les patrons profitaient de toute façon de tout pour faire des économies, et se préparaient à revendre le port pour trois fois rien à une compagnie chinoise privée qui se chargerait de le transformer en parking ou n’importe quoi d’autre qui permettrait de ne pas avoir à embaucher.

Ange n’avait aucune envie de participer à une AG, bien que solidaire. Et quand le vieux se fut fondu dans la foule en colère, il en profita pour s’enfuir discrètement et pour aller fureter sur les quais vides. Il contourna l’entrepôt le plus proche et rejoint derrière celui-ci tout une cargaison de conteneurs non vidés. S’empilaient là toutes les formes et toutes les couleurs du capitalisme. Les dockers avaient fait des légos avec les biens du marché international. Quelle beauté. Ange contempla avec ferveur cette œuvre monumentale, dont la cohérence de composition résidait dans cette cohue désorganisée de marchandises sans fonction. Ce n’était pas comme un bateau échoué ou comme des objets qui se seraient dispersés dans le courant des vagues. C’était des blocs massifs de valeur marchande à quoi on avait coupé la route, qu’on avait rendu à l’inutile et à la contingence. Plus rien n’était tracé pour eux. Le pouvoir des hommes, à cet endroit précis, ce n’était plus de s’astreindre à ces choses et à les faire continuer leur chemin. C’était de les dérouter, de contrecarrer ces formes dures. De leur imposer un moment de pause.

Ange prit lui-même une pause et s’assied sur une petite pile de trois conteneurs, puis fixa l’horizon. Au fond il y avait les Etats-Unis, qui était précisément le destinateur des ces charges pour les hommes des docks. La marque Evergreen les signalait. Les Français avaient stoppé, sur leurs frontières, tout un Empire. Le jeune révolutionnaire regardait vers l’ouest d’un air frondeur.

Il se sentait prendre de l’envergure. Paradoxalement, la désorganisation du lieu, son incohérence dans la loi économique, semblait renforcer la nécessité du trajet d’Ange. Il y avait dans ce chaos une nécessité absolue de continuer la révolution. Briser l’Empire, installer la Nuit Debout partout.

Dans cette phase d’intensité anti-esclavagiste face à l’ennemi, Ange commença à comprendre que l’on peut puiser une énergie, un carburant, un désir-même, aux sources de ce qui avait poussé ces dockers à stopper les objets manufacturés. Dans le désordre.

#30

Après avoir fermé deux loquets de sécurité de l’intérieur ( il faut croire que l’option d’un siège avait été prise très au sérieux par Andrew), Ange colla son oreille à la porte. On n’entendait absolument rien. Impossible de savoir ce qui se passait dans la devanture de la boutique, séparée de l’oreille d’Ange par deux portes et éloignée de l’entièreté de la pièce de stockage. Quoi faire ?

Le fait qu’Andrew ne revienne pas ajoutait à la crainte d’Ange, qui sentait que ce n’était pas seulement un client qui était entré là. Ange craignait surtout qu’Andrew vienne de répondre pour la dernière fois à la sonnerie d’entrée. A cause de lui, une fois de plus. Il causait la mort, partout où il passait. Ce fardeau lui pesait comme pèse une nécessité : il l’acceptait, mais en était toujours surpris. C’était comme la perpétuelle recréation de son univers autour de lui, comme si les seuls éléments avec lesquels son existence était compossible était la disparition de ses proches. Ce que ne voyait pas Ange, c’est que cette nécessité était la seule dimension « viable » d’un révolutionnaire dans les temps de vide politique total et d’emprise universelle de la domination sous toutes ses formes. A

nge s’était transformé en trou noir de la violence, il la faisait venir à lui sans la demander. Elle était son entour naturel. Simplement, il se débrouillait pour que ça ne le fasse pas exploser lui-même.

Andrew devait avoir pensé à tout, ainsi il devait y avoir un moyen de pouvoir regarder électroniquement ce qui se passait dans la devanture de la boutique, si l’on n’avait pas déjà abattu les caméras. Ange s’assit en face des ordinateurs et tenta de fouiller dans l’un d’entre eux pour en retirer une information sur un système de surveillance. Un logiciel devait pouvoir permettre ça. En faisant une recherche dans la database, il en retira plusieurs fichiers et deux logiciels avec le préfixe cam. Aucun résultat. Il tenta alors de changer d’utilisateur, et découvrit en effet une icône sécurisée à côté de celui de guest qui avait été utilisé pour les sessions ouvertes. Comment en retirer le mot de passe cependant ?

Si Andrew avait prévu une option de visualisation et de surveillance de la devanture dans le profil sécurisé, ce qui n’était pas certain, il devait aussi avoir pu envisager qu’un camarade devrait pouvoir trouver un mot de passe afin d’y accéder. Quelque chose de pas assez simple au cas où la pièce serait envahie par des personnes de mauvaise intention, mais pas trop comliqué pour un camarade. Une forme d’indice devait avoir été laissé quelque part, disponible et compréhensible seulement par quelqu’un qui maitriserait les codes de pensée d’Andrew.

Ange se prenait la tête entre les mains et essayait de se figurer comment Andrew avait pu penser la chose. D’abord, s’il existait, l’indice était-il contenu dans l’ordinateur lui-même, ou dans la pièce ? Le profil indiqué était secured user mais peut-être qu’un élément de réponse se trouvait dans le guest user. Cependant, ce serait la première option qui viendrait à l’esprit de n’importe quel ennemi d’Andrew, qui tenterait de remettre en forme un puzzle entièrement informatique. Les mecs des renseignements étaient focalisés sur les énigmes purement virtuelles, sales habitués qu’ils étaient à tout déchiffrer derrière leurs écrans, et à commander frappes ou interventions à distance. Nouvelle armée de la non responsabilité et de la traitrise, que la Nuit Debout avait eu du mal à envisager pour la combattre, ce qui était en partie la raison de son échec.

Il se ravisait. Un de ces éléments pouvaient-ils être dans la pièce ? Il alla regarder dans les cartons qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de véritablement fouiller. Ils étaient remplis, un peu à la manière des anciens cartons d’Ange qui avaient brûlé dans l’incendie, de photos, d’articles et de dépositions. Ange se dit que ce serait un répertoire intéressant pour faire une recherche. Il avait du temps devant lui car même si la nourriture était dans la pièce d’à côté, ce qui l’obligerait à sortir au bout de quelques jours, il y avait la douche qui lui permettrait de boire. De peur qu’on ne coupe l’arrivée, il alla fermer le bac et fit couler de l’eau immédiatement, remplit deux bouteilles entières puis laissa le bac se remplir à raz. Il avait donc quelques jours de recherches devant lui.

Il obtenait pour l’instant deux sources possibles pour trouver ses indices. Se pourrait-il que ces deux sources, évidentes dans cette grande pièce, correspondent l’une au nom d’utilisateur à entrer et l’autre au mot de passe ? Possible, se disait Ange, mais pas du tout certain. L’hypothèse reposait de toute façon sur deux bases fragiles : qu’il y avait une caméra de surveillance, et qu’Andrew ait permis qu’on trouvât les codes.

Andrew ne revenait d’ailleurs toujours pas. Dans l’esprit d’Ange, il était déjà mort. C’était comme si les indices qu’il s’imaginait que son ami avait laissé témoignait de ce qu’il était déjà assassiné par la police secrète. Car après tout, il avait du l’envisager. Le fait même qu’il ait checké le « niveau de dangerosité » d’Ange l’attestait.

Il fallait au moins, pour en faire le deuil, résoudre totalement cette énigme.

Ange alla machinalement regarder son téléphone, pour voir s’il y avait du réseau. Il n’y en avait pas, et pour cause : Andrew avait cassé sa carte SIM sans avoir le temps de lui en redonner une autre. Il gardait son téléphone en main, réfléchissant. Tous les fichiers dans la clef USB appartenaient à Ange, donc Andrew ne pouvait avoir laissé d’indice là. De même, il avait vu Andrew enlever tous les contacts, les messages et les dossiers de son smartphone.

Ange trembla. Alluma son téléphone et alla voir dans la galerie. Andrew n’avait pas supprimé les photos. Il aurait pourtant du le faire. Un oubli ?

Il y avait suffisamment de probabilité pour que ce n’en soit pas un. Ange commença à les regarder attentivement.

Ces clichés avaient été pris par Ange quelques secondes avant de mettre le feu à son ancien appartement. C’est pendant cette fraction de minutes qu’on avait vu Ange aller et revenir sans savoir ce qu’il faisait.

Andrew avait du avoir le temps de regarder le diaporama rapide de ces images, et avait jugé bon de ne pas les supprimer du téléphone.

Une solution se trouvait là.

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