#29

Dans quelle mesure fallait-il paniquer ? dans quelle mesure fallait-il ne faire semblant de rien ?

Premier réflexe : Ange alla fouiller les cartons situer à côté de la télévision pour voir s’il n’y trouverait pas quelque chose pour s’y défendre. Il avait le temps de fouiller, il avait pris une douche très rapide et Andrew pouvait croire qu’il était en train de se préparer. Il était sûr qu’il n’entendrait rien. Et s’il avait une caméra de contrôle depuis la devanture du magasin ? C’était même certainement le cas. Au moment où Ange commença à regarder dans les cartons, la porte se rouvrit. Andrew parut, un sourire aux lèvres.

« -You panicking ol’ brother ? You worried aba’ wha’ you saw on the screen right ? »

Ange avait levé un front plein de méfiance. Andrew pointait effectivement à l’ordinateur avec sa photo sur le bureau. Ange ne savait pas quoi répondre. Andrew explosa de rire.

« – Man, you should see yo’ face right now. Look like a ghost. Fella like yo’self should know technology. I was sending from the front computer to this one the information I retrieved from you hackin’ the FBI mothafucka. And that dirty fo’ sho’. Ahaha a fella like yo’self worries too quick I tell ya. I tell ya. »

Au sourire franc qu’il avait sur son visage, Ange le crut. Effectivement, il devait seulement s’agir d’ordinateurs en réseau. C’était bête comme tout. Y’avait pas de quoi paniquer. Ange se défiait trop cependant, il ne put s’empêcher d’ajouter :

« – Can I see the hacking ? »

Andrew lui montra tout : comment il était remonté dans les archives du FBI de 30 ans auparavant, comment les services français avaient nécessairement collaboré en donnant beaucoup de détails sur les activités d’Ange pendant toute la Nuit Debout parisienne. Il y a vait même une photo de lui sur un des docks du Havre. Les salopards, les collabos. Andrew lui montra les fichiers de photographie dont Ange n’aurait même pu imaginer qu’elles existaient encore. Il y avait de quoi faire un biopic complet. Ange en était scotché. Andrew, le voyant non rassuré, fit une manip’ qu’Ange ne comprit pas et lui dit d’allumer le premier ordinateur. Ange découvrit le même fichier ouvert sur le bureau. Il apprécia ce geste d’Andrew qui lui prouvait qu’il pouvait se fier à lui. Andrew lui expliqua qu’il était nécessaire pour lui d’évaluer le niveau de danger d’un camarade avant de le garder avec lui à la maison. Et surtout de voir si les archives de renseignement concernant Ange étaient recoupées avec les siennes propres. De ce côté là il était clean.

Du côté curriculum par contre, il l’était pas du tout. On pouvait lire tous ses faits de guerre sur le bidule, et croyez bien qu’ils avaient aussi des copies des corps que le garçon avait refroidi. Rien que dans le petit dossier consacré à ses victimes, Ange compta presque une vingtaine de types en tous genres, sols américains et français confondus. Et ils n’étaient pas tous là. Andrew ne paniquait pas, mais lui avoua qu’il était probablement en grand danger. Si on avait montré de la volonté à le déterrer (Ange fit dans sa tête un jeu de mot avec l’anglais, qui aurait pu ajouter deter-er, c’est à dire le menacer), c’était pas pour lui rappeler des bons souvenirs, c’était plus probalement pour l’enterrer (Ange fit un second jeu de mots, facile).

Andrew lui dit de vider tous les contenus de ses téléphones, ordinateurs ou autres dans le premier ordi. Ange n’avait pas grand chose, et ce fut rapidement fait. Après quoi Andrew détruit la puce de son téléphone et son ordinateur dans son entier.

« -I’ll give you another one. A betta’ one ».

Il conseilla à Ange de ne surtout envoyer aucun de ces fichiers par email, ou de les poster dans un cloud. I lui fournit une clef USB d’un format suffisamment large, et Ange put tout décharger dedans.

« -Feel wayy lighta’ dont you ? »

Ange acquiesça sans rien dire, un peu troublé à la vue de la miniaturisation croissante de tout ce qui lui appartenait. Il voyait le contenu de sa vie fondre aussi drastiquement qu’il avait vu son appartement de nord-Brooklyn partir en cendre, et il se demandait quand viendrait le tour de son propre corps. A force de lui arracher tous les objets qu’il possédait, on finirait par lui avoir le revêtement naturel.

Une petite alarme qu’Ange n’avait pas aperçu dans la pièce sonna. Andrew se leva et sortit.

« – Gotta customa' » gronda-t-il avec sa voix de vieux roots cassée.

Ange continuait de fouiller dans les fichiers téléchargés du FBI. Il se disait en plaisantant qu’au moins si sa vie se rétrécissait sur lui et autour de lui, elle avait pris une place considérable dans les fichiers de la police et des commandements interalliés. Il existait dans certaines traces de l’intelligence cachée. Il était comme une espèce rare répertoriée sur wikipedia, qui aurait un énorme descriptif, beaucoup de pédigrée, mais qu’on ne verrait jamais. Un peu comme un monstre aussi, probablement, à cause de la rareté.

Ange cliquait sur des vieilles photos. Il les faisait défiler les unes après les autres. Il était dans le fichier « New York 2022 ». Il revoyait la photo d’anciens copains à lui. Et ca lui faisait presque plaisir. Au bout d’une soixantaine, l’une d’entre elles l’arrêta. On y voyait des vieux potes de Columbia, dont Louis et des collègues. Ange réfléchit. Cette photo avait été prise lors d’une réunion internationale avec la Nuit Debout de Tel Aviv, soutenue ici par beaucoup de juifs progressistes. A l’époque, le mouvement avait essaimé même en Israël et la jonction avec l’armée de libération palestinienne s’était faite. Ange se dit que c’était amusant comme coïncidence, parce qu’Andrew lui-même avait fait partie d’un collectif ayant participé à cette réunion internationale.

« – Bon sang ! Merde !  » Il y avait un lien entre Louis et Andrew, et un lien entre Ange et Andrew. C’était maigre mais il y avait un lien. Louis avait pu alerter sur la possible rencontre des deux hommes.

Ange bondit de son siège en regardant la petite alarme.

-« I gotta customa' » avait dit Andrew…

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